Salut à tous !
Voici un billet écrit en plusieurs fois, parfois par Bouli, parfois par Manu, parfois à 4 mains, remanié, recommencé... Pour finir, on vous l'envoie version brouillon, ça fait plus naturel!
Je sais, on vous l'a déjà dit plusieurs fois, on a chaud au cours de ce voyage, l'Afrique ne faillant pas à sa réputation de continent ayant la plus élevée des températures moyennes...Mais là , je retire tout ce que j'ai pû râler sur la chaleur avant, tant cela me paraît tiède par rapport au four qu'est le Niger! J'ai l'impression d'être un bout d'viande qu'on essaye de faire cuire à température basse (un ptit 45 degrés...) pendant longtemps...

Je découvre que les joues, les avant-bras, les chevilles, tout ça, ça peut transpirer et dégouliner, si!
Actuellement, nous sommes à Niamey, et nous logeons chez une copine de Manu, Audrey, qu'il a rencontrée lors de son stage à Montpellier. Audrey est une ancienne thésarde (sujet : les éléphants!) et aujourd'hui elle est gérante d'une agence de tourisme sur Niamey : Niger Découverte!

Voici le 4x4 avec lequel Audrey (en train d'essayer de capter du réseau sur le toit) nous a emmenés jusqu'au parc du W dès notre deuxième jour au Niger ! Objectif : se familiariser avec le terrain... où un possible stage se profile! Obstacles : rien moins que 4 pannes sur ce trajet de 2h30
En premier lieu un pneu qui a crevé et un cric qui était légèrement trop grand du coup il a fallu creuser le sol. Ce qui est fabuleux, c'est que même quand une crevaison survient au milieu de nulle part, en pas moins d'un quart d'heure, une dizaine de personnes étaient là : des jeunes bergers, un vendeur de tomates, des passants (mais où vont-ils? On est sur une route en pleine brousse!)... qui se transforme tous en mécanos improvisés!
Ensuite, un pneu de secours s'est décroché du toit, on l'a vu rouler à côté de la voiture un bon 500m avant qu'il ne s'arrête

Soudain une explosion puis une fuite de gaz (pfffffiiiiiIIIIIIII) : c'était la clim (qu'on utilisait pourtant pas) ... C'est à ce moment qu'a été prise la photo et pendant que Audrey appelait un mécano pour savoir si c'était dérangeant ou pas pour rouler, Romain (à gauche) s'apercevait que notre niveau d'huile était quasi à zéro ... On a du donc encore par la suite trouver de l'huile (pas facile dans la brousse nigérienne !) d'abord un peu dans une bétonneuse sur le chantier d'un pont, et ensuite encore un peu plus dans les p'tits villages ... Ouf on a fini par arriver mais en 4h30 !

Voilà on est logés pour 5 jours à "La Tapoa" un petit village-entrée pour le parc du W. Le parc du W, c'est une immense réserve de biosphère (j'pense bien que sa superficie atteint les 2/3 de celle de la Belgique) qui s'étent sur 3 pays : le Niger, le Bénin et le Burkina Faso. Un programme européen (ECOPAS) prend en charge le côté technique et scientifique. Ce jour là Ama (un guide du parc, qui, à l'inverse de ses collègues est motivé, a plein d'idées et compte nous donner un coup d'main dans notre projet) nous emmène faire un p'tit tour à pied dans les premières limites du parc ! C'est plus que suffisant car comme on est en saison sèche, tous les animaux viennent dans ce coin-ci où sont situées la plupart des réserves d'eau

En voici d'ailleurs quelques uns qu'on a pu observer :

Mais au final ce n'était parfois pas la peine de se déplacer, depuis notre campement on a pu voir à quelques mètres se ballader les ... éléphants !!! (C'est Bouli qui sautait d'joie ;))

Sur la première photo en regardant bien et si votre écran n'est pas trop sombre vous devriez apercevoir les éléphants un peu en haut à droite de moi ... c'est pour montrer combien z'étaient près dites donc ! Sur la deuxième photo, les villageois (avec Ama en blanc, au premier plan) qui viennent les observer aussi, les éléphants, ce n'est pas si courant que cela qu'ils s'approchent autant du village, mais saison sèche avancée, donc manque d'eau et de paturages frais obligent, les éléphants s'approchent! Et accompagnent toute la journée : que tu fasses ta toilette (au sceau!) ou que tu prépares la boustifaille, si tu lèves les yeux au-dessus la palissade du campement, ils sont là , à 20 mètres...!

Un autre jour, Ama qui accompagnait 3 italiens sur une autre ballade nous a proposé de nous joindre au groupe ... nous on dit jamais non

Cette fois-ci ce sont surtout des babouins (hi hi les fesses pelées!) que nous avons croisés

Même tout un groupe pas content du tout qu'on les ait dérangés pendant qu'ils allaient à la mare! Certains jeunes impatients nous aboyaient dessus (si si, les babouins ça aboient !), quant aux vieux plus placides ils se tenaient accroupis les coudes sur les genoux avec les bras croisés pendant vers l'avant : la pose du "vieux peulh qui a perdu son troupeau" selon Ama

Et voilà le p'tit dernier en date qu'on a pu observer ! Mais celui-la c'était à Niamey qu'on est tombé dessus

Il est beau hein?
Il parait qu'il faut des photos d'nous ... et qu'en plus c'est à mon tour de m'y coller me signale Bouli ... et bien je la laisse se régaler pour les commentaires ...

Sur la première photo, Manu aux fourneaux! Enfin, plutôt Manu au réchaud à pétrole qui pue! Derrière les toles bleues... les éléphants, ou parfois une antilope, ou des babouins... C'est la brousse!
Retour à Niamey pour la deuxième photo : l'agence NigerDécouverte, ses tentes (les pointes blanches en arrière-plan, on loge dans l'une d'elles), et sa pisciiiiiine! J'y ai découvert une nouvelle espèce : le phoque Manu. Le phoque Manu a souvent trop chaud, et donc s'immerge régulièrement dans l'eau, possède son diplôme du petit chieur dans la piscine (éclaboussures, noyades et chatouillages en tout genre), et a besoin d'un câlin pour bouger!
Avec tout ça, on vous a pas encore parlé de ce qu'on allait faire ... et bien pour Bouli ce sera ... un musée !!!!

Voici le musée qui se trouve à l'entrée du parc à La Tapoa dans son état actuel ... Le coordonateur du projet voudrait bien que disparaissent tous ces horribles animaux empaillés pourris et troués ainsi que ces panneaux tout poussiéreux qui étaient sans doutes jolis en 1990 quand ils ont été faits mais que là franchement ... bof! Du coup c'est presque carte blanche pour moi (sauf que c'est sans budget) ... seulement comme le musée en question risque de disparaitre et être mis ailleurs d'ici 2 à 3 ans (un projet de la coopération italienne prévoit de construire un centre de visite, plus grand, plus neuf!), il faut du durable et du réutilisable ! Du coup là je planche sur des panneaux A0 accrocheurs et anecdotiques sur les animaux, le parc, l'écosystème, etc... Manu m'aidera pour la mise en page; et Ama, le guide avec qui on a fait connaissance, et qui lui aussi aimerait réhabiliter ce musée, devrait aussi m'aider, mais c'est un bonhomme étrange, je découvrirais au fil des jours ce qu'il veut réellement faire je crois! Ama fait partie de l'association des guides de LaTapoa, le village-entrée du parc du W. Cette association n'a rien d'une association, les guides ne s'entendent pas entre eux, ils ont simplement réussi à se mettre d'accord sur l'établissement d'une tournante : à chacun son tour d'accompagner (et donc d'être payé) les voitures de visiteurs qui arrivent au parc. Le musée, ils s'en foutent, ça ne leur rapporte rien, et je ne dis pas cela sur un ton de reproche, c'est un constat! Ama a eu l'occasion de suivre une formation de guide et d'éducation à l'environnement en France (payée en partie par une visiteuse qui était hyper ravie de son guidage), et il est revenu avec plein d'idées, des envies pour le musée, pourqoi pas des classes vertes? ... Mais voilà , il a les idées trop grandes, il remue trop pour l'inertie de son milieu : ce n'est pas toujours bien vu, ici, de vouloir sortir de la "case" dans laquelle tu te trouves, et d'essayer d'en faire plus, voire de gagner plus d'argent... D'un autre côté, Ama est aussi complètement sur la lune, il voit des génies (et on ne rigole pas avec ça ici!), et malgré ses idées, il reste inactif!
Du côté de Manu... ben les musées c'est pas trop mon truc!

Du coup j'ai trouvé un chercheur dans le parc qui travaille sur les déplacements des buffles et il voudrait développer un système de cartographie à l'aide d'une caméra numérique fixée sur un ULM ... hop hop c'est bon je prend

Ca risque d'être chaud pour monter dans l'ULM (vu qu'il appartient à l'armée) et encore plus pour survoler le parc mais c'est pas grave c'est déjà plus dans mes cordes
Enfin ... must du must, mais c'est encore à voir avec les assurances, statuts de stagiaires etc etc ... toujours le même chercheur (Daniel Cornelis) doit récolter des bouses de buffles assez fraiches ... Waw ça c'est du terrain ! Mais ne nous emballons pas ... le problème administratif de la responsabilité et de la sécurité a l'air d'ores et déjà insurmontable ... Bouli quant à elle râle déjà car même si c'est possible ... c'est "pas pour les filles"

:p
Et enfin une dernière pour la route :

Ca faisait déjà un moment qu'ici en Afrique le nombre de panneaux indiquant la présence d'ONG m'impressionnait ... ok c'est sûr c'est normal, en Europe y en a d'office moins ... mais quelle est réellement l'utilité de faire de la pub comme si ces ONG étaient des hotels ou des restos ? Ici Niamey dépasse tous les autres endroits ... jamais vu autant de panneaux ONG au m² ! (Bon j'arrive pas avec le matos ici à faire du flou mais vous aurez compris que j'incrimine pas ces ONG là hein ! elles font p'tet du bon boulot j'les connais pas !).
D'ailleurs à propos de nos réflexions sur la coopération, pour le moment on oscille de manière assez régulière entre deux idées (merci à Malick, Cheick, Michel, Faliry, Aminata, Jean, Eric, Quentin, Zoé, Delphine, Adrien, Gaël, et à tous ces inconnus qu'on rencontre dans la rue et qui nous parle de leur Afrique, c'est grâce à eux qu'on peut se poser des questions!) :
- Tendre vers une coopération idéale en travaillant sur quelques principes clés :
- la participation : se baser sur des besoins et demandes locales et y répondre avec des solutions et structures locales. Ah oui, n'envoyer que de l'argent qui fait défaut quoi ! Oui mais bien souvent on veut savoir si l'argent est bien utilisé et quoi de mieux pour ça que d'être là sur place pour vérifier ? Et hop nous voilà dans tout le problème des expats. Heureusement chez les coopérants y en a beaucoup de bonne volonté, vraiment intègres et qui font tout pour que leur rapide passage soit bénéfique pour un max de monde. Malheureusement y en a aussi de ces expats qui sont là parce que chez eux ils sont pas bien, n'ont pas autant de pouvoir, de fric et ceux là ce sont de vraies catastrophes ...
- la responsabilisation : selon cette idée il faudrait que tout projet se retire à un moment et que tout continue de la meilleure manière qui soit après son départ. Qu'on ait plus besoin d'aide quoi. Dur dur dans la pratique ... forcément, quand y a tellement d'aide dispo c'est moins casse-tête de chercher une autre source de financement que de continuer soi-même les activités déjà lancées. Hmmm le problème viendrait-il d'une plus grande offre d'aide qu'il n'y a de demande ? Dur à croire quand on voit la situation globale ... alors serait-ce une offre qui ne répond pas à la demande ... un petit besoin de se donner bonne conscience à tout prix ?
- des échanges réciproques : on arrive souvent avec cette belle idée que la coopération doit être à double sens, que les deux parties doivent en retirer quelque chose. Mais par contre on sait rarement bien ce qu'on veut vraiment retirer de cette coopération ... alors que de l'autre côté ça c'est très clair.
- la transmission de belles idées humanistes : émancipation de la femme, lutte contre le travail des gosses, lutte contre la corruption, contre l'esclavage, etc etc. Mais attention à ne pas tomber pour ça dans le chantage voire dans l'ingérance. Déjà ces idées viennent d'ailleurs ... un ailleurs où elles n'ont même pas toujours été présentes (abolition de l'esclavage), où actuellement on a pas encore réussi à pleinement les réaliser (égalité des sexes, corruption) et enfin les choses sont parfois relatives : un enfant c'est jusqu'à 18 ans comme chez nous ? Jusqu'à 14 ans comme le dit l'UNICEF ? Mais bien des enfants de moins de 14 travaillent ici comme les adultes pour se nourrir et c'est pas en leur supprimant leur job qu'on les aidera... Puisqu'on y croit quand même dur comme fer on pourrait toujours au moins les partager, sensibiliser etc... mais est-ce que ce sera jamais aussi efficace que si ces changements de mentalité viennent de l'intérieur ?
- Stopper toute "coopération" au sens où on l'entend maintenant et transférer tout l'argent, les moyens et les idées vers un respect total dans tous les flux normaux qu'on peut trouver entre deux pays :
- le commerce : je m'étend pas là -dessus, y'a des organisations mondiales censées y réfléchir. Mais c'est un des flux les plus évidents et on peut pas dire qu'il y règne le plus grand respect de l'autre. Ca vous satisfait vous les quelques p'tits produits qu'on peut trouver chez Oxfam et autres marques équitables ? Bref investir des moyens là -dedans serait sans doute pas superflu.
- l'immigration : voilà un autre flux qui pose beaucoup de questions et qu'on pourrait certainement grandement améliorer. Et si chaque immigrant était accueilli au sein de familles et de ménages ? Bien sûr voilà qui coûterait plus que de les parquer tous au même endroit, mais on y gagnerait sans doute beaucoup en compréhension de l'autre pour les deux parties ...
- les études : aujourd'hui il y a plein de grands penseurs et de cerveaux aussi au Sud ... mais par contre leur formation se fait encore très souvent au Nord. De nouveau un flux sur lequel travailler. Permettre par exemple que les bourses n'arrivent pas toujours aux déjà nantis et fils de politiques, permettre aussi que ce voyage ne soit plus une obligation en sensibilisant ces personnes à l'intérêt de mettre en place de telles universités chez eux plutôt que de favoriser plus leur intégration chez nous et créer la "fuite des cerveaux" comme on l'appelle.
- le tourisme : voilà un gros flux qui se fait souvent dans l'autre sens et sur lequel on pourrait bien travailler ! Quoi ? Vous en doutez ? Lisez donc notre passage sur Djenné dans l'article "Rencontres Maliennes". Et pourquoi pas faire une formation en bon tourisme responsable pour tous ! Voire même obligatoire aller hop (surtout quand il s'agit d'aller voyager vers des pays de culture et de niveau de vie différents) ! Avec à la clef, pourquoi pas, un stage pratique accompagné
Mais si, je suis sûr que le coût pour l'état Belge de financer une semaine de vacances pour chacun de ses citoyens serait vite remboursé par l'image qu'il en retirerait auprès des autres nations. 
Bref voilà entre quoi on oscille sans jamais vraiment être satisfait des futurs que cela promet ...
Retour de clavier à Bouli (étape correction de l'orthographe ;))
Il se prend la tête le Manu! Moi je n'ai pas encore mis de mots sur ces idées, pour le moment je ressens "juste" ce que je vois!
Le Niger, il paraît que c'est le dernier ou l'avant-dernier (quelle différence?) pays sur la liste, par rapport à son "indice de développement humain"... Ce n'est pas marquant, ici, à Niamey, comme ce n'était pas marquant au Mali ou au Burkina (qui sont dans les derniers du classement aussi), je veux dire : y'a des routes goudronnées, des stations d'essences, des restos, des maisons avec jardins et cascades de bouguainvillés, y'a des magazins de gsm, lecteurs de dvd et appareils electroménagers branchés ; Niamey, c'est pas la brousse quoi! Sauf quand un dromadaire et son maître traverse en même temps que les dix mille mopettes, les charettes à ânes et les taxis à un carrefour...!
Mais y'a des détails, des ptits trucs, je sais pas, peut-être que j'approche le seuil maximal de misère humaine que je peux encaisser en me répétant simplement que je ne suis pas la solution... C'est dans le ventre trop rond des gosses (malnutrition...), dans le ventre pas assez rond des mendiants, il y en a tant!, dans les boitements que laisse derrière elle la polio, dans les plaies purulentes laissées par la gale ou la teigne, dans le blanc des yeux jauni et trouble, je ne sais pas, mais c'est partout; et moi qui m'étais promis de ne pas donner aux enfants "parce qu'on ne sait pas si c'est réellement pour eux qu'ils mendient", "parce que je ne veux pas favoriser un système où un marabout, censé leur apprendre l'arabe et la lecture du Coran, envoie mendier les gosses", "parce que je ne veux pas que ce soit toujours vers le blanc qu'ils viennent mendier (on a beaucoup de succès...)", ben me voilà à donner quasi tous les jours à un ptit qui traîne entre le marchand de fruits et celui à brochettes....
Y'a aussi les vendeurs de lotus (lotus, c'est les mouchoirs! Certaines choses s'appellent par leur nom de marque ici!) et les vendeurs de cartes de recharge de gsm. Service : impeccable, si vous avez besoin de l'un ou de l'autre, dans les 10 mètres y'a un ptit vendeur ambulant, c'est sûr! Seulement voilà , y'a trop de vendeurs pour la demande... le marché n'est pas très florissant! Un paquet de mouchoirs coûte 100 francs CFA (15 cents), en en vendant 6, le vendeur se fait un bénéfice de 50 francs CFA... 8 cents! Pour les cartes de téléphone, les vendeurs touchent 10 % sur le montant de la carte, en général les gens achètent une carte de 1000 ou 2500 francs CFA... donc, 10 ou 25 francs de bénéfice (1.5-4 cents), et peu vendent plus d'une ou deux cartes dans la journée! Un plat de riz sauce (sans viande), le repas de base ici, c'est 200 francs minimum, une portion de yaourt à boire, c'est 100 francs, les mangues sont à 500 francs le kilo...
Il y a un mois, un de ces vendeurs, hélé par une personne dans une voiture, s'est précipité... Il est mort renversé par un taxi qui arrivait à toute vitesse.
Alors voilà , ça me fait râler! Coup d'gueule! A qui? ...
Si je dois me souvenir d'un chose, je voudrais que ce soit des sourires et des "Bonjour Madame, ça va bien la journée?" de ces vendeurs, tous plus gentils les uns que les autres!
Bouli&Manu